Juliette composa pour la énième fois le numéro de David sans succès. Excédée, elle se dit qu’il devait certainement être en compagnie de sa maîtresse. Soudain elle tressaillît et des sentiments de dégoût et d’amertume la remplirent. Elle se sentait mal car non seulement son plan était sur le plan d’échouer, sa fille chérie souffrait. Prise dans les embouteillages, elle était sur le point d’appeler l’hôpital lorsque son téléphone sonna. C’était David. Elle prit une profonde respiration et dit :

-Allô chéri, ça va ?

-L’hôpital vient de m’appeler, tu es où bordel ? Pourquoi n’es-tu toujours pas avec Alice ?

Juliette avait de plus en plus de mal à supporter le caractère autoritaire de son mari. Auparavant, elle se disait que si David était souvent infect, cela devait être dû au stress engendré par son travail. Mais depuis qu’elle avait découvert que ce dernier entretenait une liaison avec sa meilleure amie, supporter les humeurs de David était au-dessus de ses forces. Et pourtant, Juliette s’accrocha une fois de plus à son rôle d’épouse parfaite et soumise et répondit simplement qu’elle était dans les embouteillages. Sentant des larmes montées, elle trouva une excuse et raccrocha. Elle mit la radio et France Inter balança un de ses morceaux préférés

« J’irai au bout de mes rêves

Tout au bout de mes rêves

J’irai au bout de mes rêves

Où la raison s’achève… »

Elle se mit à chanter à tue-tête et eut envie de crier sa douleur. Elle se rappela tout ce qu’elle avait fait pour lui. Prise d’une sorte de sentiment de folie, Juliette se mit à taper sur le volant de toutes ses forces. L’automobiliste à sa droite ayant vu la scène descendit de sa voiture et frappa la vitre :

-Madame, madame ça va ?

Juliette saisie d’une crise de violence se cogna la tête plusieurs fois sur le volant. L’automobiliste ouvrit la portière et tenta de la maîtriser. Entre temps d’autres, personnes coincées également dans les bouchons vinrent lui prêter main forte.

Juliette s’abandonna et pleura, pleura. La route commença à se dégager, l’homme lui demanda de se garer et alla en faire de même. Juliette trouva une place juste en face et se gara. Elle continua de sangloter. L’homme revint et lui demanda ce qui n’allait pas. Étouffée par la souffrance, Juliette ne put répondre. Elle tenta de se calmer mais c’était peine perdue. L’homme lui dit de se lâcher et de ne pas avoir honte. Il lui expliqua que pleurer pouvait faire  du bien parfois.

Subitement Juliette dit :

-Je dois aller à Necker on m’attend. Ma fille vient d’être admise en urgence. Elle s’est cassée le pied.

-Quelle coïncidence dit l’homme je travaille à Necker.

-Voilà ce qu’on va faire dit l’homme. On y va ensemble car de toute façon vous n’êtes pas en état de conduire. Juliette ne se rendit pas compte tout de suite qu’elle avait une énorme bosse sur le front. Elle ne sentit même pas la douleur l’envahir doucement.

Suivez-moi lui dit l’homme.

Elle prit ses affaires, fit quelques pas et prit la place du passager dans la voiture de l’inconnu.

Juliette régla son siège et s’allongea.  L’homme comprit alors qu’elle était lasse et n’avait aucune envie de discuter. Juliette ferma les yeux et s’endormit.

Jean se demanda qui pouvait bien être cette belle inconnue. Malgré un visage défait par la fatigue et le chagrin, cette femme était d’une telle beauté pensa-t-il.

Il lui jeta quelques petits coups d’œil furtifs et se sentit honteux. Depuis la mort de l’amour de sa vie, il y a de cela 5 ans, Jean n’avait jamais pris le temps de regarder une autre femme. Pourtant ce ne sont pas les occasions qui lui manquaient…. Il était bel homme, cultivé, drôle et très sociable. Ses collègues femmes médecins et infirmières le draguaient sans cesse mais il n’était pas prêt, il ne se sentait pas capable de tourner la page. Son épouse était encore trop présente. De plus, il devait s’occuper de leur fille et lui donner de l’affection pour deux maintenant que sa mère n’était plus de ce monde. Il ne se croyait pas capable de ressentir de réels sentiments amoureux pour quiconque.

Quarante bonnes minutes après, ils arrivèrent enfin à bon port. Jean réveilla sa passagère qui sursauta.

-Merci beaucoup, vraiment merci dit Juliette en sortant de la voiture.

Elle claqua la porte et s’engouffra dans l’entrée

-Mais je ne connais même pas votre nom lui lança Jean par la portière

-Juliette balança –t-elle sans même se retourner.

Il resta planté là quelques minutes se demandant pourquoi cela l’intéressait-il tant de connaitre cette femme surtout qu’elle avait une alliance à son doigt.

-Ressaisis-toi Jean se dit-il. Pas de relation…

-Bonjour, je suis Juliette Toisky, ma fille Alice vient d’être admise ici.

-Oui venez, je vais vous conduire à elle.

-Ma chérie !

-Maman

-Que s’est-il passé ?

Alice était en train de raconter ce qui s’est passé à sa mère lorsqu’on frappa à la porte.

C’était Isabelle.

-Alice, j’ai fait aussi vite que j’ai pu

– Super que tu sois là marraine.

-Après ton appel, j’ai fait aussi vite que j’ai pu. D’ailleurs j’ai aperçu ta voiture sur la route Juliette dit Isabelle

Isabelle embrassa sa filleule et prit Juliette dans ses bras.

-Oui oui j’ai eu un petit problème et un automobiliste m’a déposée à l’hôpital.

-Et ton front ?

-Je me suis pris une porte répondit Juliette. Elle était étonnée de la facilité à laquelle, elle mentait.

Juliette détourna la tête et subitement un sentiment profond de haine la submergea. Elle n’avait pas revue Isabelle depuis le jour où elle avait découvert la liaison. Elle ne voulut pas la fixer de peur que cette dernière ne se rende compte de quelque chose.  Elle essaya de rester naturelle mais comprit assez tôt que cela sera impossible. Elle inventa une excuse et sortit de la pièce.

A son retour, Isabelle était au chevet de sa filleule et elle avait l’air vraiment affligée. Juliette l’observait et se dit que son amie devait être une sacrée comédienne. Elle décida donc de faire comme elle, hors de question que celle-ci découvre son plan.

L’infirmière entra dans la chambre et expliqua à Juliette qu’elle devait passer à l’accueil pour les formalités administratives avant l’arrivée du médecin.

Elle en profita pour aller prendre un café à la cafétéria lorsqu’elle tomba nez à nez avec Jean.

-Juliette quelle bonne surprise ! Comment va votre fille ?

-Merci elle va un peu mieux. Elle va devoir supporter un plâtre et rester quelques jours en observation. Je suis désolée, je suis partie en coup de vent tout à l’heure…

-Non, non je comprends.

-Je vous invite pour vous remercier de votre gentillesse, dit Juliette ! Ils commandèrent leurs boissons et prirent place juste à l’entrée de la cafétéria.

-Je suis vraiment confuse vous savez. Vous m’avez vue pleurer comme un enfant.

-C’est normal, répondit Jean, votre fille venait d’avoir un accident. Votre cœur de maman n’a pas supporté.

-Oui c’est ça dit Juliette qui se sentit soulagée d’avoir une explication plausible à cette crise qu’elle a faite.

-Vous devriez aller soigner votre front. Merci pour le café je dois reprendre mon service.

-Oui l’infirmière était occupée, mais elle va s’occuper de moi tout à l’heure, encore merci.

Jean se leva et fit quelques pas, soudain, il sentait qu’il ne pouvait pas perdre encore cette femme de vue sans avoir son numéro de téléphone.

-Pouvons-nous garder contact, je pourrai sans doute vous tenir compagnie lorsque vous reviendrez rendre visite à votre fille ?

-C’est très gentil vraiment, d’ailleurs je ne connais pas votre prénom.

-Jean, je m’appelle Jean Lemoine

–  Vous avez été très aimable mais je suis mariée, ce ne serait pas une très bonne idée Jean.

-Vous avez raison, bonne fin de journée Juliette.

Penaud, il se retira en vitesse. Il sentait cependant que tôt ou tard, il recroisera la route de cette femme.

Je plais encore se dit Juliette mais la gente masculine me dégoûte au plus haut point. Je vais certainement finir seule.

David les rejoignit et décida de passer la nuit au chevet d’Alice.

Juliette se mit à scruter tous les signaux qu’elle pouvait détecter entre son mari et Isabelle. Elle comprit alors à quel point, elle avait été aveugle.

Elle vit qu’Isabelle perdait tous ses moyens en présence de David. Elle remarqua que même la voix d’Isabelle   avait changé. David lui avait l’air plutôt désintéressé. Mais il était évident qu’il jouait à un jeu.

Juliette se réjouissait de se retrouver avec eux dans cette petite salle car cela lui permettait de les étudier et de se rendre compte si oui ou non il y avait des sentiments entre eux. Cette expérience était à la fois excitante et douloureuse. Le constat fut sans appel. C’était plus qu’une simple aventure. Elle s’en est voulu de ne pas s’être rendue compte de tout ce qui se tramait plus tôt ! Tout au fond d’elle ,elle se reprocha d’avoir été si naïve. Ses études en neurosciences et sciences des comportements lui étaient enfin utile.

C’en était assez, elle décida de rentrer.

Isabelle proposa de la raccompagner. Elle ne pouvait pas dire non à la proposition d’Isabelle, en effet qui d’autre que sa meilleure amie et la marraine de sa fille pouvait être présente dans un tel moment ? Elle en profita pour aller récupérer son fils chez la nounou.

Sur le chemin, Juliette prétendit avoir d’horribles maux   de tête pour éviter toute discussion.

Elle repensa aux signaux amoureux qu’elle venait de détecter entre son mari et son amie et fut remplie d’une immense tristesse.  Elle se sentit soulagée de ne pas être à la maison avec David ce soir car elle ne se sentait pas capable de jouer la comédie après cette rude journée !

Elle pensait qu’Isabelle  rentrerait chez elle mais celle-ci décida de rester.

-Je vais préparer le repas, repose-toi.

Elle aida son amie à s’allonger sur le canapé et se mit en tête de préparer une salade qu’elle servirait avec une omelette.

Juliette sentit la rage monter en elle de plus en plus. Elle aurait préféré qu’Isabelle arrête de jouer la comédie. Elle aurait préféré qu’elle ait le culot de lui dire qu’elle s’envoyait en l’air avec son époux. Au lieu de cela, elle jouait à la meilleure amie dévouée. Elle se moquait d’elle.

Complètement envahie par un sentiment de haine qui ne faisait que grandir, Juliette se mit à se dire en elle-même : « Mais pour qui se prend-elle enfin ? Ils se jouent réellement de moi tous les deux. Ils me traitent comme une moins que rien. Je suis une imbécile à leurs yeux, une parfaite imbécile ! Furieuse et prête à passer à l’action, Juliette se leva d’un bond et se dirigea vers la cuisine

Le premier chapitre est , le deuxième ici et le troisième juste . Pense à « share » donc partager chaque article lu . Le bouton « share » se trouve en haut à gauche de chaque article.  N’oublie pas également de me laisser un petit mot sur le blog .

A vendredi prochain pour le prochain chapitre!

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