Un plan bien étudié

Chapitre 3 : Un plan minutieusement étudié

Juliette descendit du métro et se fit aussitôt proposer divers services

-Viens te faire coiffer ma chérie !

-Heu non merci.

-Dans mon salon, on propose toute sorte de coiffures, de manucure tout ce que tu veux et ce n’est pas cher.

-On m’attend monsieur dit Juliette à l’homme planté devant elle.

-Je te fais le tout pour seulement 50 euros

-Laisse la tranquille hurla un jeune homme

-Oh merci monsieur.

L’homme dévisagea Juliette et comprit qu’elle   était friquée. Alors il ajusta son français à la circonstance. Sa veste en fourrure ainsi que ses perles la trahirent.

-Nous avons les meilleures esthéticiennes dans notre salon….

-Bon vous allez me foutre la paix oui avec vos offres à la con ?

-Tchuippp, regardez-moi ça ! Tchuippp. Le jeune homme toisa Juliette de la tête au pied, fit une grimace et s’éloigna.

Débarrassée de ses nouveaux « amis », Juliette prit la sortie et se mit en tête de trouver un plan qui l’aiderait à trouver la rue de ce   fameux restaurant.

C’était bien la première fois de sa vie qu’elle mettait les pieds à Château d’Eau. Le lieu lui semblait irréel tant le contraste entre ce qu’elle connaissait déjà et ce qu’elle était entrain de découvrir était énorme !

Des salons et des magasins exotiques à foison, on se croirait quelque part dans une contrée africaine. Ce dépaysement n’arrangeait pas les choses. Tout à coup, elle vit une foule au loin. Non sans peur, elle décida de s’en approcher.

Une grosse pancarte affichait « Momo’s restaurant ». Elle se glissa discrètement dans la queue. Soudain, elle se demanda comment elle ferait pour rencontrer Momo car le lieu était blindé. Il ne fallait pas qu’elle se fasse remarquer et pourtant sa présence au milieu de cette affluence  ne pouvait pas passer inaperçue et pour cause, elle était la seule femme blanche. Elle échafauda rapidement un plan.

Je vais commander se dit-elle, ensuite à la fin je demanderai à voir le chef pour le féliciter. Cela se fait souvent dans les restaurants « classiques ». Ça devrait passer comme une lettre à la poste.

Lorsque son tour arriva, Juliette s’aperçut qu’elle ne connaissait rien de ce qui était proposé à part le riz blanc et le poisson frit.

-Madame, dit la serveuse avec un grand sourire ?

Juliette hésita ne sachant quoi choisir …

-Tout ça a l’air délicieux, vraiment , dit -elle un peu gênée.

Les gens commençaient à s’impatienter.

-Qu’est-ce que je vous sers ?

Juliette pointa son doigt en direction du plat de poisson et se fit servir, du riz blanc en plus.  Sans lui demander quoi que ce soit la serveuse y ajouta une bonne dose de sauce rouge.

-Le piment est sur les tables, lança- t-elle !

Juliette paya, prix son plateau et alla s’installer.

Elle sentit une paire d’yeux posée sur son dos. Elle savait qu’une personne observait ses faits et gestes. C’était sans doute Momo pensa-t-elle. Elle se retourna et un homme d’une trentaine d’année lui sourit. Elle n’avait jamais vu de dentition aussi blanche de toute sa vie. Elle venait de rencontrer la perfection. Un visage comme on en voit très peu : de grands yeux, des traits fins et sculptés, une belle couleur ébène mais avant tout des dents immaculées, bien alignées et entourées de   gencives « noires ».

Troublée Juliette se retourna brusquement.

L’homme se leva, s’approcha de sa table et s’assit  en face d’elle.

Il sourit à nouveau. Juliette sentit que ses joues étaient en feu, et bafouilla quelque chose comme

-La place est prise, heu, j’attends quelqu’un ….

-Je me présente : Mamadou Sané

-Enchantée …je

-Vous lui ressemblez tellement !

Juliette compris alors que Momo devait être un surnom ou un code.

-Comme deux gouttes d’eau parait-il, lâcha Juliette.

-Vous Cherchez qui ? lui lança Mamadou ?

-Momo

-Très bien ! Sortons !

Aussitôt ! Momo se leva et sortit du restaurant. Juliette lui emboita le pas.

Il pénétra dans une courette, ouvrit une porte étroite et commença à monter les marches. Juliette prit peur et se dit que ce n’était sans doute pas raisonnable de suivre un si grand Noir avec toutes ces histoires de viol. Si jamais l’homme tentait quelque chose, elle ne ferait pas le poids.

Devinant sans doute ses pensées, Momo se retourna et lui dit :

-Ne t’inquiète pas, je ne mords pas.

-Heu pourquoi dites-vous ça ?

Momo lâcha un rire tonitruant. Honteuse Juliette fit de même.

-Installe-toi !

-Merci

-Ta sœur m’a dit que tu voulais un passeport.

Juliette observa les lieux. Le studio était très petit mais cossu. La décoration était de très bon gout, des couleurs douces et chaudes avec des touches de décoration africaine comme ces coussins ou encore les deux tableaux au mur. Ça respirait le luxe, ou l’argent sale se dit Juliette.

Elle lui donna toutes les informations et lui remit l’argent.

-Il n’y a que deux milles s’excusa-t-elle.

-Merci

-Vous ne les comptez pas ?

-Je vous fais confiance dit Momo en la fixant droit dans les yeux. Cette fois-ci, il ne souriait plus. Juliette sentit comme un malaise. Elle ressentait au fond d’elle que l’homme n’était pas si gentil qu’il le paraissait. Il ressemblait à ces personnages dangereux  de certains films mais si séduisants et avenants qu’on ne pourrait jamais les soupçonner de quoi que ce soit.

-Laisse-moi ton numéro de téléphone. Je t’appellerai pour te remettre ton « achat » dans deux jours. Ne reviens plus ici.

-D’accord.

Juliette lui remit le numéro et Momo la raccompagna jusqu’à la sortie et lui indiqua le métro le plus proche.

De nature si énergique Juliette se sentait épuisée. Elle avait hâte d’en finir mais cela allait prendre encore une bonne semaine.  Elle savait qu’elle avait besoin de réfléchir car rien ne devait être laissé au hasard.

Elle se prépara un capuccino et s’installa dans sa grande cuisine et replongea dans ses pensées.

Il ne me reste plus qu’à préparer le dîner de demain soir afin de récupérer le couteau. Comme d’habitude, Isabelle viendra m’aider à la cuisine. Je lui demanderai de me couper le pain en lui disant de se servir du   couteau sur la table que j’aurai au préalable posé en prenant soin de ne laisser aucune empreinte et en veillant à ce que personne d’autre n’y touche.  Je cacherai les autres au cas où elle voudrait en  changer. Ensuite je lui demanderai de poser le pain et le saladier sur la table du salon. Cela me laissera le temps de mettre des gants afin de récupérer le couteau. Il faudra le poster le lendemain et Jessica le récupérera à son arrivée aux Seychelles. Il ne faut pas oublier de le camoufler dans une tonne de papier journal sous une pile de livres et faire transporter la boîte par DHL. Au cas où ce couteau n’arriverait pas à bon port, Jessica emportera les couverts avec lesquels Isabelle a mangé ce soir-là, cela constituera un plan B. Elle dissimulera le couteau et la fourchette dans sa valise entre son linge.  Elle prendra également la serviette de table d’Isa qu’elle  mettra dans un petit sac en plastique. La chambre de Jessica a été réservée dans le même hôtel mais comme le site est énorme, il y a peu de chance pour que David la croise, de toute façon elle ne sortira que très peu, pour dîner et pour la mission et elle sera déguisée. Avec la perruque ainsi que les lunettes achetées à Château d’Eau elle sera méconnaissable.   Elle sera réellement Madame Annie  Dupont !

Le lendemain je rentre à l’hôpital pour mon opération. Madame Mercy viendra me garder les enfants. J’ai un alibi en béton. Personne ne pensera à accuser une femme en convalescence de toute façon, je serai en compagnie  de personnels de santé qui pourront attester de ma présence. Jessica devra passer à l’acte très peu de temps avant l’arrivée d’Isabelle vers 10h45 car l’hôtel ira chercher les clients vers 10h à l’aéroport et selon les informations récoltées, ils seront de retour  pour 11H. A cette heure-là connaissant David, il sera en train de terminer son sport et attendra Isabelle ensuite sous la douche comme il le fait avec moi. Je suis certaine qu’il laissera la porte ouverte pour que sa maîtresse puisse entrer.  Il ne se méfiera donc pas s’il entend quelqu’un pénétrer dans la chambre. Au contraire, ravi à l’idée de faire l’amour avec sa maîtresse sous la douche, il pensera que c’est elle.   Jessica devra alors frapper dans le dos de toute ses forces ….Ensuite, elle devra faire attention de ne pas oublier de porter ses gants. Je ne dois pas m’en faire ; ma sœur est douée pour ce genre de détails. Elle devra penser à jeter le couteau en dehors de la douche pour ne pas effacer les empreintes d’Isabelle. Elle repartira ensuite en vitesse dans sa chambre. Lorsque mon ex meilleure amie pensera retrouver mon mari, elle trouvera son corps et l’arme du crime. Je suppose qu’elle appellera les secours. La police viendra et emportera le couteau. Après les analyses scientifiques on y trouvera une empreinte. Jessica laissera également la serviette de table d’Isa  dans la commode . On ne sait jamais car il se pourrait qu’Isabelle reconnaisse le couteau et le dissimule. Elle est très intelligente. Si elle se souvient du couteau il y a de fortes chances qu’elle brouille les pistes car elle aura compris mon plan.  Mais elle ne pensera jamais que sa serviette de table pourrait être dans les tiroirs d’une chambre d’hôtel aux Seychelles….  La police fouillera la chambre de fond en comble et tombera tôt ou tard sur la serviette. Cela fera deux preuves contre Isabelle ainsi tous les soupçons se tourneront vers elle et on relèvera ses empreintes pour les comparer à celles présentes sur les lieux du crime. Elle aura du mal à expliquer l’existence  de ses empreintes sur le couteau et les serviettes. De toute façon, elle a pris l’avion donc les services d’immigration pourront la confondre. Elle sera alors accusée de ce crime. Quand je pense que j’ai voulu les tuer tous les deux .C’est mieux de le tuer et de faire endosser ce crime par sa maîtresse.  Je lui rendrai visite en prison avec un petit sourire. Elle finira par comprendre que c’est moi qui ai tout manigancé mais malheureusement elle ne pourra jamais le prouver. Mon plan est presque parfait , il me reste juste deux ou trois petites choses à organiser et je serai enfin vengée ensuite ….

Dring dring , la sonnerie du téléphone fit sursauter Juliette.

-Allô ?

-Bonjour, ici le collège Lamartine, pourrais-je parler à Madame Toisky ?

-Oui c’est moi-même !

– Votre fille Alice vient d’avoir un accident. Elle est en route pour les urgences. On l’emmène à Necker.

-Quel genre d’accident ?

-Il semblerait qu’elle se soit cassé le pied suite à une chute en cours de gym….

– Merci, je la rejoins.

Juliette prit ses affaires et sortit en trombe de son parking. Arrêtée à un feu, elle reprit ses esprits et réalisa que tout son plan risquait de tomber à l’eau….

Le premier chapitre est ici. Le deuxième ici.

Bonne lecture et surtout n’oubliez pas de partager les articles merci!

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